Bonjour Toncé. Peux-tu te présenter brièvement ?
Je suis né à Toulouse, j’ai 43 ans, je peins depuis environ 25 ans.
Parle-nous de ton parcours artistique ?
J’ai découvert le graffiti à la fin des années 1990, en venant du monde du skateboard.
À cette époque, Toulouse était déjà une ville particulièrement active dans la culture graffiti, et j’ai naturellement baigné dans cet univers dès mon adolescence.
L’explosion de l’usine AZF, en 2001, a transformé une partie de la ville et laissé apparaître de nombreux espaces disponibles pour peindre.
Avec l’ouverture du terrain de JOB, ces nouveaux lieux ont constitué un véritable terrain d’expérimentation. J’y ai pratiqué le graffiti de manière intensive pendant une dizaine d’années, à travers des fresques et des productions plus classiques.
Puis, Cédric Lascours, alias Reso, m’a proposé de participer à l’une des premières éditions de l’exposition Mister Freeze.
Cette invitation a marqué un véritable tournant dans ma pratique. Jusqu’alors, je présentais principalement des dessins et des maquettes construits autour des lettres et des codes du graffiti. Reso m’a alors encouragé à sortir de cette approche et à proposer quelque chose de plus personnel, de « plus artistique ».
J’ai commencé à chercher comment conserver ce qui constituait mon langage tout en le faisant évoluer. J’ai finalement choisi de détourner mes propres lettres : plutôt que de les montrer dans leur ensemble, j’en ai extrait une partie, comme un zoom sur un fragment, puis j’ai construit une nouvelle composition autour de celui-ci. Les lettres ont progressivement perdu leur fonction principale pour devenir des formes, des lignes et des espaces colorés.
Cette recherche a posé les bases de la peinture que je développe encore aujourd’hui.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de te lancer dans le monde de l’art ?
J’ai toujours dessiné, donc d’une certaine manière, entrer dans le monde de l’art est une suite assez logique. Mais je ne l’ai pas vraiment décidé du jour au lendemain : mon parcours s’est construit progressivement, au fil de la pratique, des rencontres et surtout du travail. Les opportunités sont venues naturellement et m’ont peu à peu amené à faire de la création artistique une véritable activité professionnelle.
Qu’est-ce qui t’inspire aujourd’hui dans ton travail ?
Un peu tout… la rue, les nouvelles tendances, l’architecture, la publicité, la mode… mais aussi le travail d’autres artistes comme Felipe Pantone, Julio Le Parc, Carlos Cruz Diez ou encore Augustine Kofie. J’aime expérimenter de nouvelles techniques et travailler sur différents supports, car cela me permet de renouveler mon regard sur mon propre travail, d’explorer de nouvelles possibilités et de continuer à évoluer. Également, l’émulation avec mes amis artistes est très positive et inspirante.
Si tu devais définir ton style en 3 mots, lesquels seraient-ils ?
graphique, couleurs, impact

Tu alternes entre expositions en galerie et expositions dans la rue. Est-ce que ton processus de création est le même lorsque tu dessines sur un mur ou sur une toile ?
Le processus n’est pas tout à fait le même, car chaque support implique des techniques et des contraintes différentes. Mais il existe un point commun dans toutes mes créations : c’est toujours dans l’instant que naît l’impulsion créatrice la plus pure, et donc la meilleure. Même si je m’appuie sur certaines techniques que j’ai développées au fil du temps, j’aime laisser une place à l’imprévu et à ce qui peut surgir au cours du processus créatif.


Est-ce que le fait de travailler dans l’espace public change ta manière de penser une œuvre ?
Oui, nécessairement.
Une œuvre dans l’espace public doit composer avec de nombreux paramètres : le lieu, son environnement, le support, la lumière, l’orientation, les perspectives, mais aussi la manière dont elle sera perçue par le public. On n’est plus seul dans son atelier : l’œuvre entre en dialogue avec un espace et avec ceux qui le traversent. Travailler dans l’espace public implique aussi d’accepter le regard et la critique des passants, qu’ils soient positifs ou négatifs.
Même si je cherche à rester fidèle à mon idée de départ et à ma ligne artistique, une part importante de ma démarche consiste à trouver une forme d’harmonie entre mon univers et le lieu qui l’accueille.
Cette année, tu as notamment collaboré avec le TFC pour la création d’une écharpe et avec Tisséo pour la réalisation d’une fresque. Comment sont nées ces collaborations ? Et plus généralement, comment tes collaborations prennent-elles vie ?
Ces collaborations sont nées assez naturellement, à partir de propositions qui faisaient écho à mon univers et à ma vision artistique. Elles ouvrent de nouvelles possibilités et permettent d’explorer mon travail sous un autre angle.
Plusieurs collaborations sont d’ailleurs actuellement en cours de création. Je pense que cette évolution vers des projets plus variés et plus construits s’inscrit naturellement dans mon parcours. Elle m’amène progressivement vers une forme de direction artistique, où mon travail ne se limite plus à la réalisation d’une œuvre, mais peut aussi s’étendre à la conception d’un univers visuel dans son ensemble.
En tant qu’artiste, quelle place les réseaux sociaux occupent-ils aujourd’hui dans ton travail ?
Les réseaux sociaux occupent aujourd’hui une place non négligeable dans mon travail.
Ils sont à la fois une vitrine de ce que l’on fait et un lien direct avec le public, les amateurs d’art et les collectionneurs. Ils permettent aussi de construire et de faire évoluer une identité artistique à travers les images qu’on partage.
On est aujourd’hui constamment exposé à énormément d’images, ce qui peut être très stimulant, mais aussi influencer notre regard. Je pense donc qu’il est important de garder une certaine distance. Les réseaux sociaux font partie de notre travail, mais ils ne sont qu’une représentation de celui-ci : ce n’est pas la réalité, ni la vie d’artiste dans son ensemble.
Dernière question, as-tu une série, un film ou un livre à nous conseiller ?
Un film : Basquiat (celui avec David Bowie et Courtney Love), il m’accompagne depuis toujours.
Merci.
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